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Centre de formation sur l’environnement et la société

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Représentation de la catastrophe : l’Art

Nous avons vu que les notions de résiliences au niveau de l’individu et de la communauté étaient différentes, nous avons donc cherché ce qui pouvait les relier. Nos recherches nous ont menés à une réflexion sur l’œuvre d’art, qui est la construction d’une personne (l’artiste), mais qui porte un message pour la communauté.

Nous pouvons tout d’abord dire que l’art est une aide à la résilience collective. Il permet de décrire la catastrophe qui a eu lieu, de l’assumer, de regrouper la communauté. Dès le Moyen-Âge, on retrouve par exemple des représentations de la peste ou de la guerre, deux grands fléaux de l’époque. Ces thèmes sont récurrents, ce qui montre la place importante qu’ils ont dans la société. Ces œuvres peuvent aussi être à caractère religieux, ce qui peut être une source d’explications, d’espoir, d’esprit de collectivité, qui aiderait à la résilience morale de la société après un fléau (c’est le cas des vierges de miséricorde par exemple). Un autre exemple que nous donnons ici est la vague d’artistes ayant dépeint les horreurs de la première guerre mondiale. Tous aidaient à véhiculer un même message, « plus jamais ça », cette guerre doit être la « Der des Ders ». Il s’agit là aussi d’un message porteur d’espoir (cela ne se reproduira plus), qui aide la société à se rétablir du choc.

Parmi les œuvres sur ce thèm/IMG/png/1_ceres_2015_image1_ottosix.pnge, nous nous sommes intéressés à la série des Gueules Cassées d’Otto Dix (Image 1 ; Rue de Prague. Otto Dix (1920)). Peintes entre 1920 et 1924, ces toiles représentent les soldats mutilés de la guerre. La motivation qui a poussé Otto Dix à réaliser ces tableaux est qu’il est lui même vétéran. D’après ces propres dires, il s’agit pour lui d’un moyen d’exprimer les images qu’il a en lui, et de se remettre du choc. La résilience personnelle d’Otto Dix s’exprime donc via des œuvres d’arts qui vont participer au mouvement général du refus de la guerre et de la résilience de la collectivité. Comme Otto Dix, plusieurs auteurs ont eu besoin de raconter un événement marquant de leur vie, et ont ainsi contribué au « storry telling » de catastrophes. Soljenitsyne raconte dans Une journée d’Ivan Denissovitch le quotidien des goulags auquel il a survécu. Dans Si c’est un homme, Primo Lévi raconte aussi son histoire des camps de concentration. Cet œuvre sert ici à la résilience de l’auteur, mais aussi de la communauté juive, et de la société européenne entière.

L’art permet donc une résilience de la société à partir d’une résilience individuelle. Dans l’autre sens, des institutions collectives vont parfois se manifester pour aider les résiliences individuelles. Il s’agit par exemple des associations d’anciens combattants, qui ont aidé à la construction de tous les monuments aux morts dans les communes françaises. Toutefois, ceux-ci permettent aussi d’avoir un lieu de regroupement et de cérémonie communal. Nous pouvons donc conclure que les résiliences individuelles et collectives sont indubitablement liées l’une à l’autre.

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