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Le Japon, culture du risque et résiliences individuelles

L’image du Japon comme un « archipel de résilience », très répandue en Occident, s’appuie sur le poncif que les Japonais seraient résilients par essence. En étudiant les séismes (notamment Sendai, 2011) affectant l’archipel, peut-on conclure qu’il existe-t-il une culture de la résilience spécifiquement japonaise ?

Situé sur une zone de subduction, le Japon est secoué en moyenne par 30 séismes de magnitude supérieure à 7 par siècle. Il est également actif d’un point de vue volcanique. S’est ainsi développée une culture du « shikata ga nai » (signifiant « c’est ainsi ») : la catastrophe naturelle est acceptée, voire accueillie. Les catastrophes sont intégrées dans le folklore et dans la langue japonaise. L’idée de l’impermanence des choses est très répandue, les populations n’ont pas le même vécu de la cyclicité des catastrophes.

Cette culture du risque transparait aussi au travers d’une préparation technique orchestrée par l’Etat (2), et psychologique via le volet de l’éducation, en amont de la catastrophe. Le Japon est l’un des pays le mieux préparé à l’aléa sismique. Les normes parasismiques sont très développées, des abris tsunami et des vannes de rétention sont mis en places sur certaines côtes. De plus, des exercices de prévention sont pratiqués à l’école lors de la Journée nationale de prévention des désastres, régulièrement des campagnes d’information indiquent les comportements à adopter.

Après le séisme de Sendaï, le secours des victimes et le déblayage s’organisent avant l’arrivée des autorités, des communautés créent des réseaux de solidarité. Philippe Mesmer, correspondant du Monde au Japon, explique au lendemain de cette catastrophe que ce calme et cette cohésion proviennent de l’éducation, où est transmise la « valeur du groupe », le « vivre en société ».

Au premier ordre, une culture du risque spécifiquement japonaise influence donc a priori et a posteriori la réaction aux catastrophes.

Cependant, l’existence même d’une culture de la résilience spécifiquement japonaise est à interroger. Tout d’abord, la pseudo-culture de la résilience au Japon peut trahir une incapacité à faire face à la souffrance. Le Japon possède les taux annuels de suicide les plus élevés au monde. L’explication sociologique suivante, généralisante, résume la spécificité de la mentalité japonaise. Pour ne pas perturber ou décevoir la société, on préfère se murer dans le silence et continuer autant qu’on le peut, la dernière alternative étant le suicide. Le culte de la discrétion, du groupe et du conformisme présente ainsi un aspect oppressif.

La particularisation d’une résilience spécifiquement japonaise pourrait provenir de la tendance naturelle à ne voir, lors de la découverte d’une aire culturelle nouvelle, que ce en quoi elle diffère de la nôtre. En réalité face à une catastrophe, les Japonais sont, avant d’être japonais, des Hommes. La résilience à l’échelle d’un individu est propre à chacun. Les médias locaux vantent un stoïcisme exacerbé en tant qu’il est l’idéal nippon, mais c’est pour inciter la société à en faire preuve. Et les médias occidentaux de se laisser prendre au piège.

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(1) Seminaire Résilience urbaine, 27 mai 2010, Les facteurs culturels de la résilience- le cas du Japon, Marie Augendre, Université Lyon II

(2) How Japan tackles its quake challenge”. Fogarty, Philippa. BBC News. 11 mars 2011.