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Ressources halieutiques

Auteur :

Anouch Missirian

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Les ressources halieutiques fournissent chaque année environ 85 millions de tonnes de protéines pour l’alimentation humaine et dans une moindre mesure, animale (source : Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer). Mais cette manne alimentaire est menacée pour plusieurs raisons, toutes liées aux activités humaines.

La population mondiale augmentant, et les denrées issues des ressources halieutiques devenant de plus en plus accessibles au plus grand nombre (les prix baissant), la demande en produits aquatiques, et notamment en poisson, a considérablement augmenté depuis 1950 (les prises de pêche en haute mer représentaient 19 millions de tonnes alors, contre 90 millions en 2000 - source : Défi pour la Terre). Cette demande accrue a entraîné une pêche plus productive, mais aussi plus agressive envers les écosystèmes marins.

Le premier problème qui se pose alors est un problème de durabilité de cette pêche : les quantités prélevées permettent-elles aux espèces de se renouveler et de subir le même prélèvement la saison suivante ? Le Grenelle de la Mer constate que la mer est certes un réservoir de biodiversité très riche, mais que les pressions anthropiques sur ce milieu y entraînent un "déclin avéré de cette biodiversité", et chacun partage le constat d’un effondrement des stocks.

Le thon rouge, comme de nombreuses autres espèces marines, sont menacées par la surpêche : l’Ifremer estime que "dans l’ensemble de l’Atlantique Est et du bassin méditerranéen, le volume des captures de thon rouge se situe depuis une décennie autour de 50 000 à 60 000 tonnes/an, c’est-à-dire deux à trois fois le potentiel de production actuel du stock".

On capture des individus de plus en plus petits, les plus grands étant capturés préférentiellement au début, et les individus n’ayant ensuite pas le temps de vivre et donc de grandir suffisamment avant d’être pêchés. La capture d’individus de plus en plus jeune pose une nouvelle fois le problème du renouvellement de la population de ces espèces d’une année sur l’autre : les poissons pêchés sont de plus en plus jeunes, il reste donc de moins en moins d’individus ayant atteint la maturité sexuelle, et il y aura donc de moins en moins de jeunes produits l’année précédente. La population est écrétée d’un côté par la capture de ses individus les plus massifs et les plus âgés, et de l’autre côté, indirectement, par l’approvisionnement moindre en jeunes (puisque les géniteurs disparaissent).

De plus, la consommation (et donc la pêche) de grosses espèces, qui sont par conséquent d’espèces en bout de chaîne alimentaire, dérègle les relations trophiques établies jusqu’alors : la pression de prédation de ces grosses espèces étant moins forte, les petites peuvent proliférer, ce qui peut entraîner un phénomène d’invasion par certaines espèces, ou l’anéantissement d’équilibres délicats (prédation/prolifération).

Un second problème, non moins important se pose d’autre part : l’agressivité des méthodes de pêche (notamment la pêche au chalut) sur les écosystèmes marins. (voir conférence de Claire Nouvian à l’ENS).

Cette méthode laboure les fonds marins, et détruit toute la biodiversité qui s’y trouve, tout en capturant toutes les espèces que le chalut peut rencontrer, dont beaucoup sont des "prises accessoires", pas destinées à être commercialisées, donc rejetées mortes à l’eau.

Ces écosystèmes profonds ont une résilience très faible, une longévité exceptionnelle (jusqu’à 4000 ans) et ont bien sûr besoin de beaucoup de temps pour se (re-)constituer. Cette méthode de pêche au chalut profond est donc incroyablement destructrice, et à échelle de vie humaine, a des effets irréversibles.

Enfin, outre les problèmes liés à la pêche, la biodiversité marine subit les effets des pollutions anthropiques (comme le constate le Grenelle de la Mer) : changement climatique global, acidification des océans, augmentation de la température... Ces modifications radicales de l’environnement marin sont une menace supplémentaire pour la biodiversité marine, pour les écosystèmes marins, et donc pour le profit le plus ostensible que l’homme peut en retirer : les ressources halieutiques.