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Un système inégalitaire : entre famine et surconsommation

Auteur : Ségolène Marchal

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Le manque de régulation internationale combiné à une volatilité importante des prix aboutit à une situation profondément inégalitaire entre les pays en développement qui souffrent de la faim et les pays développés qui jouissent de la surconsommation et peuvent se permettre de gaspiller.

I - De nombreux pays souffrent toujours de la faim

Le système alimentaire actuel est loin d’assurer que les engagements pris par l’ONU sur les Objectifs du Millénaire, c’est-à-dire en particulier que la population souffrant de la faim soit diminuée de moitié d’ici 2015, soient remplis. En effet, bien que les chiffres de la sous-alimentation semblent avoir baissés en termes relatifs, passant de 28% de personnes vivant avec moins de 1960 kcal par jour en 1980 à 20% en 1990 puis à 17% en 2000, ils n’ont fait qu’augmenter en termes absolus. Ainsi, leur nombre a augmenté de 4,5 millions par an entre 1995 et 2001. On estime ainsi qu’un habitant sur quatre souffre de la faim en Asie du Sud, un sur trois en Afrique subsaharienne, ce qui fait environ 183 millions de personnes. L’Inde et la Chine comptabilisent à elles seules respectivement 233 millions et 119 millions de personnes sous-alimentées. La sécurité alimentaire est ainsi loin d’être assurée, alors qu’elle constitue l’un des droits fondamentaux, rappelé par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation... ». Article 25 (§1).

 Les racines de la faim sont multiples. La sécheresse et les autres incidents climatiques, hivers rudes, pluies torrentielles ou les catastrophes naturelles tels les ouragans restent les causes principales de l’insécurité alimentaire. Par exemple, en Afghanistan, la sécheresse des années 1999-2001 a réduit près de 60 % du cheptel et provoqué, en Afrique australe, en 2001- 2002, des pertes de récolte allant jusqu’à 50 % de la production. 

L’origine des crises alimentaires réside aussi dans les catastrophes provoquées par l’homme. La FAO estime que les conflits et les problèmes économiques ont été les causes principales de 35 % des urgences alimentaires de la période 1992-2003. Au Rwanda, la guerre a déplacé, en 1995, trois agriculteurs sur quatre et a réduit les récoltes de moitié. En 2002, parmi les 21 pays en situation d’urgence alimentaire extrême, 15 étaient touchés par la guerre, des affrontements civils ou étaient les victimes des séquelles de conflits passés.

En ce qui concerne l’évolution du prix des matières premières, elle peut, en cas de chute brutale, remettre en cause le droit à la sécurité alimentaire de toute une région, comme le montre l’exemple de l’effondrement récent du cours du café et de ses effets sur l’Amérique centrale. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que la crise du café, en 2000- 2001, combinée à l’effet de la sécheresse, a fait souffrir de la faim 30 000 personnes au Honduras.

À ces facteurs traditionnels, on peut ajouter des causes juridiques et économiques de l’insécurité alimentaire, qui résident dans un déficit de régulation des échanges agricoles ainsi que dans des choix de politique économique. Pendant 30 ans, les politiques agricoles ont privilégié l’importation à bas prix de produits subventionnés. Cette augmentation de la facture alimentaire due à l’importation a deux conséquences : elle peut déstabiliser une agriculture intérieure par ailleurs viable et menacer les pays en cas d’augmentation des prix, comme cela s’est vu en 2006 et 2008 lors des émeutes de la faim qui ont soulevé l’Amérique latine, Haïti, l’Asie et l’Afrique (voir l’article sur la volatilité des prix agricoles).

On aboutit ainsi à une situation absurde, puisque ce sont les paysans qui souffrent le plus de la pauvreté et de la sous-alimentation. Les deux tiers de ceux qui souffrent de la faim sont en effet des paysans dont les revenus ne leur permettent pas d’acheter suffisamment de nourriture ou de s’équiper pour produire eux-mêmes de quoi manger. Cette question alimentaire a une dimension largement symbolique et politique puisque ces paysans pauvres sont souvent des paysans sans terre, de petits agriculteurs, des pasteurs traditionnels ou des populations marginalisées. Le rôle important que jouent les femmes dans la filière alimentaire entre en contradiction avec la place qu’elles occupent dans la société. D’autre part, les situations de famine ont aussi un lien avec la géopolitique des régions puisque nous avons vu le rôle que jouent les guerres, et notamment les guerres civiles (comme au Rwanda). La sécurité alimentaire est donc largement dépendante de la pacification des pays en développement.

II - La surconsommation et le gaspillage dans les pays développés

Alors que les pays en développement souffrent de la faim, les pays développés profitent d’une surconsommation et d’un gaspillage qui accroissent les inégalités. Ainsi, sur 4500 kcal produites par jour et par habitant, 600 sont perdues à la récolte ou juste après (chiffre encore plus important dans les pays en développement pour des raisons techniques). 42% de cette production est destinée aux animaux. Cependant, 1700 kcal ne permettent d’obtenir que 500 kcal d’origine animale. Or la consommation de produits carnés n’a cessé d’augmenter dans les pays développés. Ensuite, au stade de la distribution et de la consommation finale, ce sont 800 kcal qui sont perdues ou gaspillées, souvent en raison de normes sanitaires drastiques destinées à éviter toute prise de responsabilité aux firmes de l’agro-alimentaire. En fin de compte, il ne reste plus que 2000 kcal pour la consommation humaine.

Il va sans dire que la surconsommation en vient à poser des problèmes sanitaires dans les pays développés, notamment en ce qui concerne l’obésité, le cholestérol et le diabète. Aux États-Unis, 65% de la population est en surpoids et 30% atteinte d’obésité en 2005. Ces chiffres sont en France respectivement de 37,5% et 9,4%, ce qui paraît un résultat plutôt faible par rapport aux pays de l’OCDE.

On voit donc des inégalités se creuser entre des pays en développement qui peinent à assurer la sécurité alimentaire de leur population et d’autre part, des pays développés pour lesquels la nourriture ne pose généralement pas de problème si ce n’est des problèmes sanitaires liés à la surconsommation ou à la malnutrition, combinées avec un manque d’activité physique dû à des modes de vie sédentaires.