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La trappe à pauvreté de la dépendance

Voir aussi :

  • Volatilité des cours agricoles
  • Accords commerciaux mondiaux

Auteur : Pauline Gonthier

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Si la volatilité des prix agricoles est particulièrement dangereuse (lien vers article « la volatilité des prix agricoles), c’est qu’il existe une très forte dépendance des certains pays du Sud vis-à-vis des produits de base. Selon la FAO, 43 pays sont tributaires d’un seul produit agricole pour plus de 20% du total de leurs revenus d’exportations et pour plus de 50% de leur revenu d’exportation agricole ; et 54 pays en développement tirent au moins 20% de leurs recettes totales d’exportations d’au plus trois produits primaires agricoles. La variation des prix agricoles a donc un impact très important sur ces économies dépendantes.

En effet, toute baisse des prix à l’exportation des produits de base entraine ces pays dans un cercle vicieux. La chute des prix oblige les pays dépendants à exporter davantage pour financer un volume d’importations donné. Par ailleurs, la diminution des recettes tirées des exportations tend à diminuer les réserves de devises des pays dépendants, comme elle diminue le revenu réel des producteurs. Mais elle contribue également, en augmentant l’offre sur le marché mondial, à maintenir des prix bas, d’où l’apparition d’un cercle vicieux. Si le volume des exportations des PMA (pays les moins avancés) dépendants a augmenté de 43% en 1986 et en 1999, leur pouvoir d’achat n’a progressé que de 3% ; dans le même temps, les pertes de devises par année dues à la détérioration des termes de l’échange (i.e. baisse des prix des produits exportés relativement aux prix des produits importés) s’élevaient à 2,25 milliards entre 1987 et 1989, 2,4 milliards entre 1998 et 1999.
Par conséquent, la progression du rendement par hectare (+28% entre 2000 et 1980 pour le café) ne peut empêcher une baisse de la rentabilité réelle par hectare : selon la CNUCED, la rentabilité réelle par hectare a été inférieure de 46% en 2000 par rapport à 1980 pour les PMA producteurs de café.



La situation de dépendance des PMA à l’égard des recettes d’exportations d’un nombre restreint de produits primaires les enferme donc dans une trappe à pauvreté, dès lors que les termes de l’échange se détériorent.
Pour tenter d’y remédier, le FMI a mis en place en 1963 un mécanisme de financement compensatoire pour aider les pays dépendants en cas de chute de leurs recettes d’exportation ou d’accroissement du prix de leurs importations de céréales, dus à une variation des cours. L’efficacité de cette aide reste limitée : d’une part, la base de calcul de la déviation des cours étant établie sur une période de cinq ans, elle ne permet pas de prendre en compte les longues périodes de prix déprimés ; d’autre part, l’accès à cette aide est encadré par des règles complexes. Cette aide utilisée à de nombreuses reprises dans les années 1970 et 1980 ne l’a plus été depuis janvier 2000.

La Communauté européenne a elle aussi tenté d’instaurer des mécanismes de soutien aux pays exportateurs. Par exemple, depuis de nombreuses années, l’UE offre un accès préférentiel à son marché au sucre importé depuis les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l’Inde. Des régimes commerciaux spécifiques ont été appliqués, en particulier le "Protocole Sucre". De même depuis le 1er janvier 2006, l’initiative "Tout Sauf les Armes" permet un accès sans droits de douane ni quotas pour les bananes issues des PMA entrant sur le marché européen (pour en savoir plus, aller sur le site de la Commission Européenne).

Mais ces accords ne suffisent pas à résoudre le problème structurel de la dépendance vis-à-vis des produits de base. La situation est d’autant plus dramatique que les PMA dépendants souffrent généralement d’un endettement structurel, lié à leur faible capacité à mobiliser des ressources financières nationales, à un taux de retour sur investissement très bas et à une forte vulnérabilité aux chocs extérieurs. La détérioration des termes de l’échange, en diminuant les réserves de change, aggrave cette dette. Cependant, il n’est sans doute pas inexact d’affirmer que ce sont également – et surtout ? - les règles du commerce agricole mondial fixées par l’Organisation du Commerce Mondial qui peuvent être rendues responsables du maintien d’un système alimentaire fortement inégalitaire à l’heure actuelle (voir l’article : accords commerciaux mondiaux).