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Produire plus et mieux

Auteur : Brice Auvet

Quels types d’agriculture ?

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A la conjonction de l’environnement et des impératifs d’augmentation de la production, l’agronomie doit renouveler et améliorer l’agriculture. La relation entre l’écosystème et la plante est au cœur de toutes les réflexions sur la production agricole. Si la révolution verte, opérée dès les années soixante, a permis une augmentation massive des rendements grâce à la mécanisation, le contrôle des semences et l’apport massif d’intrants, elle a eu pour conséquences de créer de graves dommages à l’environnement et aux écosystèmes. Le principe reste simple : le forçage de l’écosystème consiste à apporter à la plante des services écosystémiques amplifiés par la main de l’homme. La plante utilise naturellement de l’azote, du phosphore et de l’eau. Elle a besoin d’être protégée des nuisibles, de pousser dans un sol meuble etc. L’homme apporte donc des engrais, l’arrosage, les phytosanitaires, la charrue etc.

La première approche du problème consiste à une réduction des impacts environnementaux par une meilleure maîtrise du forçage. L’amélioration de la qualité des intrants et de leurs capacités techniques afin que leurs impacts sur l’environnement soit minimaux fait partie des solutions techniques qui sont actuellement plébiscitées. Par exemple : l’enrobage de l’azote qui permet de le distribuer à la plante en quantités moindre et à un moment décisif de la croissance (petit grain d’azote qui se désintègre progressivement). On conserve l’idée d’un forçage de l’écosystème mais on lui adjoint une recherche et une pratique scientifiques ce qui permet de réduire au minimal l’impact environnemental tout en maintenant voire en augmentant le rendement. La création en laboratoire de plantes résistant aux phytosanitaires, demandant peu d’eau, ayant plus de rendements (par exemple : l’épi de blé constitué de plus de douze grains) sont autant de solutions techniques qui permettent d’augmenter le rendement. Ce type de production ultra-technicisée réduit certes les impacts environnementaux et permet d’augmenter le rendement mais elle le fait avec un fort coût économique. Cette production est très mécanisée et utilise peu de main d’œuvre mais celle-ci est qualifiée. Le nombre de paysans à l’hectare diminue ce qui rend les exploitations très dépendantes du marché globalisé. Au final, les exploitations sont très peu résilientes et la moindre catastrophe naturelle implique des difficultés économiques. La sécurité alimentaire est entendue au niveau mondial dans le sens où la production mondiale doit être suffisante pour nourrir l’humanité via le commerce. L’environnement arrive en second lieu après la production et si on cherche à minimiser l’impact de l’agriculture rien ne garantit la préservation d’un écosystème viable.

La révolution doublement verte cherche à dépasser cette opposition entre l’environnement et la production. Le paradigme du forçage de l’écosystème est remplacé par l’intensification de l’écosystème. Chaque service écosystémique est amplifié par l’homme afin de fournir à la plante l’écosystème le plus performant possible. Nous avons choisi de vous présenter plus particulièrement la révolution doublement verte de Michel Griffon en trois points. Le premier s’intéressera à la terre et à l’eau, le second à la plante et le troisième à la place de l’homme.

La révolution doublement verte : des questions en suspens

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La révolution verte change radicalement le lien entre l’agriculture et l’environnement. Cela passe par une maîtrise de l’écosystème et donc une très forte connaissance scientifique mais cette connaissance est limitée : il n’y a aucun moyen de connaître toutes les répercussions de l’agroécologie sur l’écosystème si le risque de nuire à l’environnement est beaucoup plus faible. De plus, on ne sait pas comment la maîtrise artificielle des écosystèmes à l’échelle locale va modifier l’environnement à plus grande échelle.

La question de la sûreté alimentaire au niveau mondial reste en suspens. La révolution doublement verte offre certes une augmentation de la résilience des exploitations au niveau local et donc une certaine sûreté dans la production des denrées au niveau local mais on sait que pour certaines régions du monde la population est trop importante pour pouvoir se nourrir à partir de la production locale, régionale voire étatique. L’intensification de l’écosystème ne garantit pas que la production sera suffisante pour nourrir le monde sachant que se superpose à ce problème celui de la distribution, des prix et des enjeux géopolitiques.