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Enjeux de l’information factuelle à long terme

Si l’information au court terme possède un rôle vital et essentiel dans les processus de résilience post-catastrophe, l’information au long terme joue également un rôle important. Et puisque cette information se situe dans un autre temps que celui de la crise et ne possède pas de caractère urgent, elle présentera des enjeux différents.

Aujourd’hui, les phénomènes à l’origine des catastrophes naturelles (éruptions volcaniques, séismes, inondations, etc.) sont étudiés par les scientifiques du monde entier afin de comprendre les mécanismes en jeu et éventuellement de produire une prédiction scientifique. Ces informations (où ? quand ? quelle intensité ?) s’appliquent autant pour des phénomènes post-crise, tels que des répliques sismiques ou des tsunamis, que pour prévenir des crises à venir.

Cependant, les résultats scientifiques sont exprimés de manière peu lisible. Prenons l’exemple de Los Angeles en Californie, où ces données sont importantes pour préparer une crise à venir. La dernière information présentée par JPL (un laboratoire de la NASA) est que la probabilité d’un séisme de magnitude 5.0 dans la région de Los Angeles d’ici 2019 est de 99,9% (3). De son côté, l’USGS (service géologique national américain) propose 7% (4) de chance d’avoir un séisme de magnitude 8+ dans les 30 prochaines années, ou encore 46% (5) de chances d’avoir un séisme de magnitude 7.5 dans les 30 prochaines années. Ces informations brutes sont alors très difficiles à interpréter par le grand public et à concilier pour les rendre utiles en termes de résilience. Et cette illisibilité est également un problème en temps de crise. Après le séisme de Gorkha (Népal, 2015, M7.8, 8 000 morts), une étude USGS qui explique l’existence des répliques est publiée. Elle indique que 0 à 7 séismes de magnitude 5 à 6 auront lieu, et que la probabilité qu’au moins un tel séisme ne se produise est de 80% (6). Si cette information paraît pourtant essentielle, elle n’a pas nécessairement de sens pour les populations, et peut être à l’origine d’une certaine anxiété face aux répliques.

Enfin, en plus d’être peu lisibles, ces informations peuvent s’avérer erronées car les scientifiques manquent de connaissances et de données. De nombreux débats secouent ainsi la communauté scientifique. L’échec de la prédiction des séismes de L’Aquila (Italie, 2009, M6.3, 300 morts) ou de Tohoku (Japon, 2011, M9.0, 16 000 morts), ou encore les fortes polémiques entourant l’évacuation de Basse-Terre lors de l’éruption volcanique de La Soufrière (Guadeloupe, 1976) affaiblissent la confiance accordée aux scientifiques et, par extension, aux pouvoir publics.

Au-delà des discours scientifiques et de l’accès à ces informations, c’est la nature de l’information même qui peut parfois poser certains problèmes. Suite à une crise, les individus se tourneront aisément vers les médias pour suivre l’évolution de la crise. Cependant cette information est-elle réellement factuelle à l’instar des discours scientifiques ?

Lors des séismes de Ghorka, un véritable mouvement de contestation de la couverture médiatique indienne s’est créé au Népal au travers du hashtag #gohomeindianmedia sur les réseaux sociaux (7). A priori, ces médias se contentaient de « couvrir » l’événement mais de par la nature des images montrées (images sordides ou bien l’aide humanitaire Indienne se posant comme héros), ces informations transmettaient un message qui s’avérait gênant : la suprématie indienne sur le Népal (8). Ainsi cet exemple nous interpelle aussi sur une modalité de la résilience. Montrer des images de solidarité et ériger des héros (figures importantes pour la reconstruction) peut être bénéfique, à condition d’adapter cet imaginaire à la réalité locale : des héros népalais auraient peut-être été mieux accueillis par la population…

Ces exemples sur l’information à long terme nous montrent son caractère essentiel, aussi la question de la meilleure façon de communiquer une information sensible dans le processus de résilience doit être posée.

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(3) Donnellan, A., L. Grant Ludwig, J. W. Parker, J. B. Rundle, J. Wang, M. Pierce, G.Blewitt, and S. Hensley (2015), “Potential for a large earthquake near Los Angeles inferred from the 2014 La Habra earthquake”, Earth and Space Science, 2, doi:10.1002/2015EA000113. Téléchargeable à : http://geodesy.unr.edu/publications...

(4) Koontz, H., Gordon L., New Long-Term Earthquake Forecast for California, USGS Website Visible à : http://www.usgs.gov/newsroom/articl...

(5) Gordon L., Benthien M., Drysdale D., New Study Shows Odds High for Big California Quakes, USGS Website Visible à : http://www.usgs.gov/newsroom/articl...

(6) Updated USGS Aftershock Advisory for the Magnitude 7.8 Gorkha earthquake in Nepal April 25, 2015 (as of June 25, 2015) Téléchargeable à : http://earthquake.usgs.gov/earthqua...

(7) http://www.rfi.fr/technologies/2015...