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Etude de cas : les data centers franciliens

Les entreprises font appel aux data centers pour garantir leur continuation d’activité ; ceux-ci ont un succès tout particulier du fait de la forte publicité du discours de la résilience au sein des entreprises. Le recours au data center est-il toutefois exempt de tout risque ? Le cas francilien montre les effets pervers du buzzword de la résilience d’entreprise, en surchargeant les territoires d’implantation des data centers, mettant in fine à mal les exigences auxquelles il sont censés répondre. 

▪ La Plaine Commune : un territoire répondant aux exigences de la résilience d’entreprise par les data centers

Une analyse de la répartition spatiale des data centers révèle des conditions précises pour assurer leur bon fonctionnement, et ainsi garantir la continuation d’activité des entreprises via la bonne sauvegarde de leurs données. Les data centers sont relativement concentrés sur des territoires bien délimités : les Etats-Unis regroupent ainsi 40% des sites. La France est elle au 4e rang mondial ; en son sein, l’Île de France accueille un tiers des data centers français. On peut distinguer sur le territoire francilien 3 grandes zones de concentration particulièrement forte de data centers : Paris intra muros, la Défense et la Plaine Commune (Figure 1)[1].

/IMG/png/implantation_data_centers_carte.pngFigure 1. Implantations des Data centers en Île de France. 3 pôles se démarquent : Paris intra muros, la Défense et la Plaine Commune, le foyer francilien le plus important.

La Plaine Commune, située au nord de Paris, représente le foyer d’implantation majeur de la région parisienne. Le territoire dispose d’atouts qui intéressent les investisseurs des centres de données :

  • Une alimentation électrique de forte capacité et sécurisée ;
  • Un prix du foncier relativement abordable, supposé loin des zones inondables ;
  • Une excellente accessibilité au réseau internet ;
  • Une bonne connexion aux centres économiques de Paris par des infrastructures terrestres efficientes ;
  • La proximité avec les entreprises numériques de la Plaine Saint-Denis (Orange, etc.)[2].

Tous ces éléments participent à la définition d’un lieu peu entaché d’incertitude pour le bon fonctionnement des data centers, qui répond ainsi aux exigences de la résilience d’entreprise. Posséder un data center sur sa commune est un facteur de différenciation non négligeable dans la concurrence territoriale ; nécessitant de gros investissements, une implantation durable, les communes de la Plaine Commune ont tout d’abord encouragé le développement des centres de données, leur octroyant par là même un rayonnement européen.

 

▪ Les data centers franciliens, des espaces résilients ? Ambiguïté d’une rhétorique émanant du privé sans encadrement public

La Toile, aussi invisible soit-elle, n’est pas indolore pour les territoires et l’environnement[3] : plus les data centers se concentrent sur un espace, plus les investisseurs ont intérêt à y placer un centre de données pour bénéficier des atouts qui y sont présents. Cette stratégie présente toutefois des limites : les territoires concernés, au premier rang duquel la Plaine Commune, sont proches de la saturation du fait de l’implantation de nombreux data centers. La publicité de la résilience d’entreprises, couplée à la promotion des data centers par les communes concernées, a finalement été victime de son succès : les centres de données ont une telle consommation d’électricité que leur regroupement sur un territoire restreint met à mal la sécurité offerte par les data centers, ce même pourquoi on a fait appel à eux ! Selon l’Institution d’Aménagement de l’Île de France, les nouvelles implantations de data centers d’ici 2030 représenteront ¼ de la consommation énergétique du Grand Paris, soit la consommation d’une métropole d’un million d’habitants[4]. Pourtant, l’énergie dépensée pourrait être revalorisée pour en faire profiter les habitants locaux[5].

Ces chiffres montrent la nécessité d’un encadrement par les pouvoirs publics ; ceux-ci, sur un phénomène en expansion récente comme les data centers, sont relativement en retard. Pourtant, les règles du « jeu du marché » ont montré leurs nombreuses limites : on observe un fort déséquilibre régional nord-sud, une polarisation pouvant être dommageable pour l’avenir de la métropole du Grand Paris. Les opérateurs choisissent les lieux où le coût du foncier est le plus abordable ; à long terme, les impératifs économiques peuvent l’emporter sur la logique de prévention du risque, en s’implantant dans les zones inondables. Pourtant, le risque de crue extraordinaire menace la zone francilienne[6]. La comparaison des zones inondables et des réseaux critiques qui leurs sont associés avec les zones d’implantation des data centers révèlent d’ores et déjà les limites du recours à ces derniers pour répondre à la résilience d’entreprise (Figure 2). Elles témoignent d’une méconnaissance du terrain par les entreprises concernées, qui passent souvent par des prestataires pour assurer la sauvegarde des données.

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Figure 2. Carte des zones inondables en Île de France. Les zones bleues sont les zones inondables : la zone de la Plaine Commune, communauté d’agglomération accueillant un grand nombre de data centers, comprend des zones inondables (Saint-Denis notamment). Carte interactive réalisée par l’IAU, disponible à l’adresse : http://carto.iau-idf.fr/webapps/cartoviz/ (consulté en décembre 2015).

Enfin, les communes regroupant un nombre important de data centers doivent faire face à une demande toujours croissante en électricité, parfois aux dépens des habitants locaux, qui perçoivent très négativement le mouvement en cours. La résilience des entreprises par la protection des données se heurte donc à des enjeux sur le long terme : enjeux démocratique, environnemental, économique. Sans encadrement par les pouvoirs publics, le développement des data centers risque de menacer les exigences de la résilience d’entreprise ; le cas de la Plaine Commune prouve finalement bien la grande plasticité de la notion, séduisante sur le papier mais qui doit être critiquée pour pouvoir en tirer le meilleur.

 


[1] Thépin D., « Les data centers franciliens : un essor sous contraintes ? », 12/10/15 Métropolitiques (consulté en octobre 2015) ; url : http://www.metropolitiques.eu/Les-data-centers-franciliens-un.html

[2] Thépin D., op. cit., 2015

[3] Cailhol A., « Les data centers, monstres avides d’énergie », Libération, 7 juillet 2015, consultable à l’adresse http://www.liberation.fr/futurs/2014/08/24/les-data-centers-monstres-avides-d-energie_1086175 (consulté en décembre 2015)

[4] Thépin D., op. cit., 2015

[5] Agence locale de l’Energie et du Climat de la Plaine Commune, « Les data centers sur Plaine Commune », Note d’avis, Août 2013, consultable à l’adresse : http://alec-plaineco.org/doc/ALEC-Plaine-Commune-2013-Les-data-centers-sur-Plaine-Commune.pdf (consulté en décembre 2015)

[6] Pour une analyse complète du risque de crue, cf. Reghezza-Zitt M.,« Réflexions autour de la vulnérabilité métropolitaine : la métropole parisienne face au risque de crue centennale. » (thèse sous la direction d’Yvette Veyret) Geography. Université de Nanterre - Paris X, 2006. French, 385 p.